Les auteurs ne restent cependant pas inactifs: même s’ils n’ont à leur disposition que leur plume, Marc Valère Martial n’hésita pas à qualifier Fidentinus de voleur, par cet épigramme :

LIII – Quintianum facit assertorem Commendo tibi, Quintiane, nostros : Nostros dicere si tamen libellos Possim, quos recitat tuus poeta : Si de servitio gravi queruntur, Assertor venias, satisque praestes, Et, quum se dominum vocabit ille, Dicas esse meos, manuque missos. Hoc si terque quaterque clamitaris, Impones plagiario pudorem.

Epigramme 53 : « Je vous recommande mes vers, Quintianus, si toutefois je puis les appeler ainsi quand ils sont récités par certain poète de vos amis. S’ils se plaignent de leur pénible esclavage, soyez leur défenseur et leur appui ; et si cet autre se dit leur maître, déclarez qu’ils sont à moi et que je les ai affranchis. Cette protestation, répétée trois et quatre fois, fera rougir le plagiaire. »

LIV – Ad Fidentinum, plagiarum Una est in nostris tua, Fidentino, libellis Pagina, sed certa domini signata figura ; Quae tua traducit manifesto carmina furto. Sic interpositus villo contaminat uncto, Urbica Lingonicus Tyriantinna bardocucullus : Sic Aretinae violant crystallina testae : Sic niger, in ripis errat quum forte Caystri, Inter Ledaos ridetur corvus olores : Sic urbi multisona fervet sacer Atthide lucus, Improbas Cecropias offendit picas querelas. Indice non opus est nostris, nec vindice libris : Stat contra, dicitque tibi tua pagina, Fur es

Epigramme 54 : « Il n’y a dans mes livres, Fidentinus, qu’une seule page de ta façon, mais si bien marquée de ton cachet, qu’elle annonce hautement ta friponnerie. Ainsi la cape du Lingon, appliquée sur la robe pourpre du citadin, la couvre de graisse ; ainsi la vaisselle de terre d’Arétium jure parmi les cristaux ; ainsi l’on rit du noir corbeau, lorsqu’il se montre par hasard sur les bords du Caïstre, au milieu des cygnes chéris de Léda ; ainsi l’on est choqué d’entendre le pic mêler ses cris aux chants harmonieux dont Philomène fait retentir les bosquetssacrés. Mes livres n’ont besoin ni qu’on les accuse, ni qu’on les défende ; la page s’élève contre toi et te dit : « tu es un voleur ».

(traduction de Désiré Nisard, Collection des auteurs latins, Firmin-Didot, Paris, 1878, p. 548-549)

Les auteurs sont néanmoins conscients de leur position et prêts à céder leur autorisation : « tiens-tu qu’on les dise de toi, achète-les ; ils ne m’appartiennent plus » et à monnayer leur œuvres, parfois d’une façon singulière. Ainsi, Erasme avait-il organisé un réseau d’agents chargés de collecter par toute l’Europe des récompenses en remerciement de dédicaces qu’il octroyait.