Histoire(s) – 1

Ils sont 21, ce jeudi soir, à passer la porte d’un bel hôtel parisien au 47 rue Vieille du Temple dans le Marais. Ils sont les auteurs « dramatiques » les plus célèbres de cette fin de siècle. Connus et reconnus, aucun ne vit cependant de son art. Mécènes et affaires plus ou moins douteuses sont leurs seules véritables sources de revenus.

Tous, amateurs de bonne chère, ils éliront cette nuit leur hôte, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, président du BUREAU DE LEGISLATION DRAMATIQUE.

Jean-Marc Nattier, Portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1755)

L’auteur du Barbier de Séville, qui, de représentation en représentation connaît un véritable triomphe, n’en retire quasiment pas de bénéfice. Après trente-deux représentations, il réclame un compte exact de ses honoraires : on lui envoie 4506 livres. Il exige des comptes. On lui adresse un bordereau non signé. Il demande qu’on le certifie exact ; on refuse.

Les litiges entre auteurs et comédiens étaient devenus incessants à propos des frais de représentation : violation des règlements et falsification des recettes étaient habituelles.

Abusés par des comédiens insolents qui profitent de leur monopole pour ne pas rétribuer les auteurs comme il conviendrait, Beaumarchais, le plus riche des dramaturges, organise ce souper pour défendre, et c’est la première fois, les auteurs.

Cette grande bouffe changera notre histoire. L’agape permet de construire le temple.

Au XVIIIème, les troupes de théâtres et les imprimeurs-libraires s’enrichissent et les auteurs restent crottés bien qu’ils aient du succès. Les premiers ont un monopole, ou privilège, les seconds une seule et unique obole pour rémunération.

Le privilège d’édition, le plus ancien, date, semble-t-il, de 1469 et est accordé à Jean de Spire, premier éditeur de Venise. Suivront ceux accordés en 1495 au célèbre imprimeur Alde Manuce , inventeur du caractère italique, pour une édition d’Aristote et, toujours en Italie, un autre en 1500 pour l’édition de la traduction latine d’un Traité contre les Juifs. En 1507, Louis XII accorde à Antoine Vérard le premier privilège français pour les épîtres de Saint Paul.

Même si pour certaines œuvres, la protection des artistes est assurée par la réglementation des corporations puis au sein des Académies Royales, qui ne sont que des éditeurs privilégiés uniques, la pratique ne protège pas l’auteur et sa création, mais le produit de l’impression.

Ainsi pour le théâtre, ce sont les comédiens, « support » de l’auteur, qui sont les « titulaires » du droit de percevoir les fruits de la représentation. L’auteur de pièces se voit donc destituer de ses droits dans un premier temps par les comédiens puis dans un second, par l’imprimeur en cas d’édition !

 

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